Nous avons sélectionné trois romans d’auteurs finlandais fraîchement publiés. Partez en voyage avec Mika Waltari, Arto Paasilinna et Daniel Katz.
| Mika WALTARI, Jésus le Nazaréen, Le Jardin des Livres, 24,90€. |  |
Commençons par Mika Waltari, auteur que l’on ne présente plus (lire article).
Après L’Etrusque, L’Escholier de Dieu et Le Serviteur du Prophète, les éditions Le Jardin des Livres publient un autre roman historique du prolifique écrivain finlandais, Jésus Le Nazaréen.
Passons sur la couverture - façon Andy Warhol - d’un goût douteux, pour nous concentrer sur le texte. Jésus Le Nazaréen reprend l’histoire de Jésus, à partir du supplice de la crucifixion, mais vue sous l’angle d’un riche citoyen romain, Marcus Manilianus.
Venu à Jérusalem suite à un chagrin d’amour, Marcus assiste impuissant au dernier souffle de celui qui se proclame le Roi des Juifs. Interpellé par le courage de l’homme sur la croix, il décide de s’intéresser à celui que beaucoup redoutent, mais que d’autres adulent. Témoin interloqué de la résurrection de Jésus, les convictions du Romain, empreintes de rationalisme et de culture classique, sont ébranlées. Commence alors pour lui un voyage spirituel qui transformera l’homme, et le monde, de manière irréversible.
Avouons-le, ce Jésus le Nazaréen est une demi-déception. Certes, l’ouvrage se parcourt, à l’instar des autres œuvres de Waltari, avec plaisir et l’assurance de s’immerger totalement dans une époque lointaine. Les descriptions très précises d’Alexandrie et de Jérusalem, le souci du détail et la volonté de décrire les rites et les coutumes de l’époque révèlent la rigueur historienne de Waltari.
Il laisse habilement planer le doute sur les événements surnaturels et traite certaines situations sensibles avec humour. Reste que le livre traîne en longueur. A chacune des rencontres de Marcus (avec Ponce Pilate, Marie de Magdala, Jean, Mathieu, Thomas, etc.), Waltari nous entraîne dans des discussions métaphysiques rébarbatives. Au final, les 550 pages s’avalent difficilement, même si, une fois encore, la plume du romancier est toujours délectable.
Waltari s’est attaqué à un sujet sensible. A moins de se prendre de passion pour l’histoire du Christ, Jésus le Nazaréen un est peu indigeste.
A noter que France Culture propose, le lundi 30 juillet, de 14h00 à 15h30, une émission spéciale sur l’écrivain finlandais le plus lu dans le monde, intitulée « Mika Waltari (1908-1979), la fureur d’écrire ». | Arto PAASILINNA, Le Bestial Serviteur du pasteur Huuskonen, Denoël, 20€. |  |
Avec le Paasilinna crû 2007, Le Bestial Serviteur du pasteur Huuskonen (ça ne s’invente pas !), il est encore question de voyages, au sens géographique et spirituel.
Le pasteur Oskar Huuskonen, à l’approche de la cinquantaine, à la foi qui vacille. Ses prêches, dans la petite chapelle de Nummenpää, surprennent autant les ouailles qu’elles choquent les autorités ecclésiastiques. Un événement inattendu va heureusement bouleverser son existence.
A la suite d’un accident, un jeune ourson se retrouve orphelin. Capturé par les villageois, il est offert en cadeau (empoisonné) au pasteur déprimé. Belzéb – c’est le nom du sympathique courte-queue – s’avère un agréable et docile compagnon, mais la femme du pasteur ne supporte ni l’animal, ni son mari. Finalement délivré des règles contraignantes du mariage, Huuskonen finit par quitter sa Finlande natale. Un long périple commence alors pour l’étrange duo.
Cette épopée nous rappelle celle de Vatanen et de son lièvre. Comme souvent chez Paasilinna, il est question de voyage et de déracinement. Le pasteur y perd une partie de sa foi, mais il découvre d’autres pays (la Russie, l’Angleterre, Malte), d’autres cultures et surtout la possible existence d’entités extra terrestres !
Le Bestial Serviteur du pasteur Huuskonen n’est sans doute pas le meilleur roman d’Arto Paasilinna, loin derrière Le Fils du dieu de l’orage, La forêt des renards pendus ou encore Un homme heureux, publié l’an dernier.
Reste que l’écrivain manie toujours aussi bien l’humour (lapon) dont il a la recette, tout en décochant quelques flèches bien senties aux culs bénis, aux pharisiens et à tous les aigris du monde. | Daniel KATZ, La mort d’Orvar Klein, Gaïa, 22€. |  |
Daniel Katz fait partie de la petite communauté juive finlandaise. Ses racines et sa culture se retrouvent dans ses livres, mais son œuvre se veut oecuménique. Son dernier roman, publié par l’excellente maison d’édition landaise Gaïa est avant tout un voyage passionnant dans la Finlande du XIXe siècle, Grand Duché sous domination russe.
L’histoire commence par une mort, celle d’Ortchik Klein, cordonnier juif originaire de Livonie (l’actuelle Lettonie). Avant de trépasser, il donne un nom à son fils, Orvar. Un fils qui, nous l’apprendrons très vite, n’est pas celui de son père. Le jeune garçon entame un bien mauvais départ dans la vie. Pour parfaire son éducation, sa mère décide de l’inscrire dans une école hébraïque. Face aux enseignements orthodoxes et rigides du rabbin, le petit Orvar se plonge dans les livres que lui prête un ami libraire.
Christianisé de force, la vie le conduit cependant vers d’autres voies, pour certaines impénétrables…
Avec La mort d’Orvar Klein, Daniel Katz nous fait découvrir tout un pan de l’histoire de cette Finlande russe, juste avant l’indépendance. On y suit avec plaisir les pérégrinations de ce Juif attachant, mais incroyablement malchanceux. La plume du romancier est aussi précise que délectable, et l’humour – juif – se pratique avec autant de truculence que d’autodérision. Bref, à l’instar des autres romans de Daniel Katz publiés chez Gaïa, La mort d’Orvar Klein confirme un auteur qui, on l’espère, recevra toute l’attention qu’il mérite dans notre pays.
Saluons, la judicieuse postface du traducteur, Sébastien Cagnoli, qui décrypte pour nous cette période de l’histoire finlandaise profondément marquée par la Russie tsariste. |