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Question d'energie

Economie > Industrie
01-10-09
Auteur : Kyösti Karvonen
L'agrément finlandais au gazoduc russo-allemand est pour bientôt, mais des critiques se sont également fait entendre. Autre décision cruciale en perspective : elle porte sur le nombre de réacteurs nucléaires à construire, écrit Kyösti Karvonen, rédacteur en chef du journal Kaleva. Photo: Foto Mandelin


Sur fond de morosité économique dans le monde, tandis que le changement climatique est une constante de l’actualité, la Finlande va être confrontée, dans les mois à venir, à deux décisions vitales dans le domaine de l’énergie ; l’une et l’autre ont des ramifications internationales.

Première décision : la Finlande donnera-t-elle son aval  à la construction d’un gazoduc de 1.220 km de long, envisagé par la compagnie russo-allemande de l’énergie Nord Stream AG. Son tracé traverserait, sur 375 km, la zone économique finlandaise ; il s’étirerait, sur le fond de la mer Baltique, depuis l’extrémité orientale du golfe de Finlande jusqu’à Lubmin, en Allemagne.

Seconde décision : la Finlande donnera-t-elle le feu vert à la construction d’une, de deux voire de trois réacteurs nucléaires. Quatre réacteurs nucléaires existent déjà, sur deux sites distincts, dans le sud et dans l’ouest de la Finlande, tandis que le plus grand réacteur du monde est actuellement en construction dans le pays.

Une question uniquement écologique

En premier lieu, le gazoduc: sur le plan politique, le projet, qui prévoit deux conduites parallèles destinées au transport du gaz naturel, est explosif, suscitant des doutes dans les Etats Baltes, en Pologne et en Suède. Il pourrait s’agir, selon ces pays, d’un nouveau pacte Ribbentrop-Molotov, version commerciale ; sans parler des craintes voilées d’implications militaires !

La Finlande avait  affirmé, de manière pratiquement unanime, qu’aux yeux des Finlandais le projet de gazoduc est une question strictement écologique, sans implications secrètes, de caractère politico-militaire. Le ton a légèrement changé par la suite.

Le ministre finlandais des Affaires étrangères Alexander Stubb a récemment laissé entendre que le projet n’a pas été coordonné de la meilleure manière possible entre les Etats membres de l’Union européenne (UE). Auparavant, un député conservateur finlandais qui siège au Parlement européen a pressé la Finlande d’insister sur ce qu’il considère comme une condition préalable: la Russie doit s’engager à protéger la mer Baltique.

Dans une colonne du Helsingin Sanomat, le plus grand quotidien finlandais, le rédacteur en chef Olli Kivinen a qualifié le gazoduc de strictement politique, dépourvu de sens commercial particulier. Kivinen prédit que le golfe de Finlande traversé par le gazoduc pourrait devenir un nouveau d’étroit d’Hormuz, accusant par la même occasion les décideurs finlandais de repasser le délicat problème aux autorités en charge de l’environnement. En outre, d’après une enquête de la société finlandaise de radiotélévision YLE, des membres de la commission de l’Environnement du Parlement ont marqué leur désaccord sur l’orientation soi-disant exclusivement écologique.

Arto Luukkanen, un chercheur de l’institut Renvall à l’Université d’Helsinki, lance cette mise en garde : la Finlande, selon lui, ne devrait pas voir le gazoduc sous le seul angle écologique. « Il deviendra une menace, un moyen stratégique et, si vous voulez, une installation qui devra alors être protégée », dit-il.

Irritation des Russes

Le processus d’autorisation est extrêmement complexe. Le gouvernement finlandais doit d’abord décider s’il doit ou non donner son approbation de principe. Ensuite, l’Agence pour l’environnement de la Finlande occidentale évaluera l’impact écologique du gazoduc. Le projet doit également avoir l’aval de la Suède.

Dans quelle mesure la première décision pourrait-elle influencer la seconde ? Les spéculations, à cet égard, ne manquent pas. Des  ministres conduits par le Premier ministre Matti Vanhanen ont fait chorus pour assurer aux Finlandais et à l’audience internationale concernée, que la décision finale appartient à l’Agence pour l’environnement.

Pour ajouter encore à tout cela, sur la scène intérieure, le défenseur et lobbyiste le plus en vue du projet se trouve être l’ancien Premier ministre Paavo Lipponen ; devenu un retraité très actif, celui qui fut également président du parti social-démocrate, a été recruté par Nord Stream en qualité de conseiller. La Russie n’est pas restée les bras croisés. Lorsque Vanhanen et son homologue russe Vladimir Poutine se sont rencontrés à Gdansk, en Pologne, au début du mois de septembre, le premier ministre russe a réclamé, une nouvelle fois, qu’une décision soit rapidement prise en Finlande. Nord Stream envisage de démarrer la construction en avril 2010.

Quant au retard,  les auteurs peuvent s’en prendre à eux-mêmes. Jusqu’à tout récemment, la Russie a omis de fournir une partie de la documentation nécessaire au processus décisionnel en Finlande. L’irritation de la Russie, face au désir de la Finlande, d’appliquer strictement le règlement était visible en juin, lorsque Vanhanen a évoqué le problème des mines militaires qui reposent au fond de la mer. Poutine a rétorqué que Vanhanen les avait sûrement comptées personnellement.


La question : combien  de réacteurs?

Ensuite, il y a le problème du nucléaire : la question, aujourd’hui, ne semble pas tant porter sur la construction de nouveaux réacteurs nucléaires en Finlande, mais plutôt sur le nombre de réacteurs à construire. En raison de la sensibilisation accrue au changement climatique ainsi que des plafonds d’émission à venir, l’élite politique finlandaise incline pour une réponse favorable à cette question, alors qu’elle avait coutume de pencher dans l’autre sens ou même d’être divisée en la matière.

En conséquence, trois conglomérats d’affaires, au total, ont déposé des autorisations de construire une centrale nucléaire sur le littoral finlandais. Le gouvernement devrait en décider au début de l’année prochaine ; après quoi, le Parlement aura encore son mot à dire.

Comparé au problème du gazoduc, le débat sur l’énergie nucléaire, marqué par moins de considérations internationales délicates, est brusquement devenu très brûlant ; la possibilité d’un affrontement, susceptible même de secouer les rangs de la coalition gouvernementale, est apparue.

Le ministre de l’Economie, Mauri Pekkarinen,  a insisté lourdement sur le fait qu’un seul nouveau réacteur nucléaire suffirait à couvrir, pour les prochaines décennies, les besoins en énergie projetés. Le Parti du Centre, dont il porte les couleurs, est traditionnellement partagé sur la question de l’énergie nucléaire : tantôt pour, quand il siège au gouvernement, tantôt contre, lorsqu’il est dans l’opposition. Le Premier ministre Matti Vanhanen, aujourd’hui pour le nucléaire, s’était fait le champion de l’autre camp, dans les années 1990, élaborant au parlement une résolution qui avait fait échec à un projet de loi : à l’époque, ce dernier aurait suppléé à l’approbation de la construction d’un réacteur nucléaire par le parlement. Aujourd’hui, Vanhanen n’a pas même pris position sur le nombre de permis à délivrer.
 

Violente empoignade en perspective

Dans une interview accordée à YLE, Pekkarinen  a déclaré qu’il serait hors de question que la Finlande construise une capacité nucléaire à des fins d’exportation. Présentement, la Finlande importe, approximativement, un cinquième de l’électricité qu’elle consomme, dont plus de la moitié en provenance de la Russie. Il existe en Finlande un large consensus national sur le fait que le pays devrait réduire sa dépendance vis à vis de l’électricité, russe en particulier.

Après l’ouverture faite par Pekkarinen, le ministre des Finances Jyrki Katainen n’a pas tardé à répondre. Le feu devrait être donné à la construction des trois réacteurs, a dit ce dernier. Le Parti de rassemblement, conservateur modéré, est traditionnellement et résolument en faveur du nucléaire.

Qui plus est, Katainen n’exclut pas des exportations d’électricité d’origine nucléaire. Le fait est nouveau. Auparavant déjà, des écologistes avaient avancé que la Finlande était en passe de devenir une réserve nucléaire européenne.

Malgré le sentiment pro-nucléaire affiché par l’élite politique, la bataille qui s’annonce, sur la question du nucléaire, s’annonce à nouveau féroce. D’après un récent sondage d’YLE, plus de la moitié des Finlandais sont maintenant contre la construction de toute capacité nucléaire supplémentaire. Les opposants au nucléaire ont été confortés dans leurs convictions par l’afflux de mauvaises nouvelles en provenance d’Olkiluoto, en Finlande occidentale, où un réacteur de 1600 mégawatts – le plus grand du monde – est en construction.

Le projet accuse un grave retard, en terme de calendrier, et le dépassement budgétaire est lourd; de plus, de fréquentes querelles opposent le consortium franco-allemand et l’Autorité finlandaise  sur les radiations et la sécurité nucléaire. Celle-ci, qui a la solide réputation de ne pas transiger en matière de sécurité, s’empoigne avec le premier sur le travail mal fait.

 

 

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