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Portrait: Olivier

Société > Les Français en Finlande
04-09-08
Auteur : Damien Lecarpentier
Olivier,

directeur des études françaises au lycée franco-finlandais de Helsinki

Originaire de Tarbes, dans les Hautes-Pyrénées, Olivier Di Scala est arrivé en Finlande en Août 2007. Il travaille au lycée franco-finlandais de Helsinki, où il occupe le poste de directeur des études françaises, après avoir enseigné en Autriche et aux Etats-Unis. Une expérience qui lui a permis de découvrir une nouvelle méthode d’enseignement mais aussi une nouvelle culture.

L’expatriation comme choix professionnel


« J’ai éprouvé très vite l’envie de partir à la rencontre d’autres cultures ; la vie est courte, j’avais pas envie de vivre sur mes certitudes. Je voulais voir autre chose ». La première expérience d’expatriation de ce célibataire trentenaire remonte à l’année 2001, lors de son stage de CAPES. Olivier choisit alors de partir enseigner un trimestre l’histoire-géographie à de jeunes allemands, près de Francfort. De retour d’Allemagne, il est nommé en section européenne germanophone à Narbonne, puis reprend très vite le chemin de l’expatriation en partant enseigner trois ans le français et l’histoire-géo au lycée français de Vienne.

Entre temps, il a passé son diplôme de FLE pour pouvoir enseigner le français aux étrangers, obtenu une maîtrise de sciences politiques, et réalisé un mémoire sur le bilinguisme et la double culture chez les adolescents :

« J’ai toujours été fasciné par les gens qui ont deux cultures », souligne le natif des Hautes-Pyrénées, qui est lui même descendant d’une famille d’origine italienne. Après l’Autriche, ce sera les Etats-Unis et le Texas, où il obtient un poste au sein de la section internationale de l’école franco-américaine de Houston, puis la Finlande : « Je ne connaissais pas les pays nordiques, ni la Finlande. J’avais toujours entendu parler de la bonne réputation du système éducatif finlandais par les enquêtes PISA [qui mesurent chaque année la performance des systèmes éducatifs des pays membres de l’OCDE]. Alors que j’étais encore au Texas, il y a un poste qui s’est ouvert au lycée franco-finlandais de Helsinki, avec des responsabilités nouvelles. Je me suis dit, un autre pays, une autre culture, un autre mode de vie, allons-y ! »

Le Lycée franco-finlandais : un établissement à part dans le système éducatif finlandais


Fondé en 1947 et passé sous la tutelle de l’Etat finlandais en 1977, le lycée franco-finlandais comprend des classes allant du primaire au lycée. Quelques 800 élèves – la très grande majorité d’entre eux sont des finlandais – fréquentent l’établissement. 70 professeurs y enseignent, dont environ un tiers sont francophones.

La fin de la scolarité est sanctionnée par le baccalauréat finlandais et l’établissement suit le programme national : « C’est la grande différence par rapport aux lycées français classiques à l’étranger qui offrent généralement le choix entre l’un ou l’autre système. Ici on travaille à l’intérieur d’un système éducatif local », souligne Olivier.

« La fonction spécifique du Lycée franco-finlandais de Helsinki est de dispenser les savoirs traditionnels du système d’enseignement finlandais mais aussi d’initier ses élèves à la culture francophone », explique-t-il. « Une partie des cours est enseignée en français, surtout en début de scolarité. Le Lycée coopère aussi avec les écoles de différents pays francophones, organise des voyages d´études et reçoit des visiteurs des pays francophones et d’autres pays. On a par exemple un partenariat avec L’Ecole normale de Montpellier qui nous envoie des stagiaires et on a des voyages scolaires prévus ou en cours d’organisation avec des écoles de Saumur, de Nantes, de Nogent sur Marne, de Tournay, d’Aix-en Provence ou encore de Clermont-Ferrand. »

Olivier occupe au sein du lycée le poste de proviseur adjoint : « Mon rôle particulier, en tant que proviseur adjoint, est de veiller à ce que les curriculums finlandais soient à jour et d’adapter les instructions officielles et le programme finlandais à la spécificité du lycée. Je suis aussi chargé de faire le lien entre l’équipe francophone et l’équipe finnophone et de coordonner l’offre de cours de français dans l’établissement, en collaboration avec les trois autres proviseurs adjoints finlandais qui s’occupent respectivement du primaire, du collège et du lycée. J’ai donc un rôle très transversal au sein de l’établissement, je dois essayer de donner du liant à tout ça. » En plus de sa fonction de proviseur, Olivier assure également une charge d’enseignement en français auprès de deux classes du lycée.

« Un système éducatif basé sur l’autonomisation et la responsabilisation de l’élève »


Travailler au sein du lycée franco-finlandais a permis à Olivier de découvrir certaines spécificités propres au système éducatif finlandais : « Ce sur quoi on insiste en Finlande, c’est sur l’autonomisation et la responsabilisation des élèves. C’est particulièrement le cas au lycée, où les élèves construisent en grande partie eux-mêmes leur parcours. L’année est divisée en cinq bimestres et les lycéens élaborent leur programme pour deux mois. Certains modules fondamentaux sont obligatoires mais la majorité des cours sont optionnels. Il y a aussi ce qu’on appelle les ‘cours en autonomie’, auxquels les élèves peuvent ne pas assister en classe, en contrepartie de quoi ils s’engagent à faire les travaux exigés et à participer à l’examen terminal du module. Au final, les étudiants peuvent ainsi décider de faire le lycée en deux ou en quatre ans, même si la très grande majorité le fait en trois ans ».

Dépaysement finlandais

Au-delà de cette méthode éducative particulière, c’est aussi toute une culture et un mode de vie auxquels il faut s’habituer. Après l’Autriche et le Texas, la Finlande apparaît à Olivier comme un pays à part : « Ce qui est nouveau pour moi, c’est le fait de vivre pour la première fois dans un pays dont je ne comprends pas la langue ».

Olivier s’est mis dès son arrivée à l’apprentissage du finnois mais les progrès dans cette langue sont rarement rapides : « Il faut beaucoup de temps pour parler le finnois. Ca demande une ascèse particulière à laquelle j’ai du mal à me tenir », reconnaît-il. « Dans mon boulot, ça ne me dérange pas trop car je travaille avec beaucoup de francophones et par ailleurs les finlandais parlent tous très bien l’anglais. Mais c’est sûr qu’on perd quelque chose quand on ne maîtrise pas la langue. On perd la subtilité du discours et on peine parfois à dépasser le niveau du factuel ».

Mais le vrai dépaysement ne se situe pas au niveau de la langue. C’est le changement d’atmosphère qui a le plus marqué Olivier. « Je crois que c’est la lumière qui est le plus dépaysant, la lumière rase de l’automne en forêt, la quasi absence de lumière l’hiver. Ca demande une adaptation. Les semaines autour du solstice d’hiver ont été un peu dures, surtout qu’il n’y avait pas de neige cette année. Mais c’est aussi ce qui fait le charme du pays. On ressent profondément les saisons en Finlande. Le décor n’arrête pas de changer et on peut se promener dans un endroit sans le reconnaître, alors qu’on y est venu quelques mois plus tôt ! »

Helsinki, ville de contrastes

Quand il ne part pas se balader en forêt, Olivier aime se promener dans le centre ville de la capitale et apprécie son architecture diversifiée : « Ce que j’aime bien, c’est la juxtaposition d’un centre ancien, et d’un centre moderne, sans que ça jure vraiment. Et en fait, quand on regarde, la rue Mannerheim est l’artère centrale qui fait la transition ou plutôt le trait d’union entre les deux. D’un côté les bâtiments du 19ème, de l’autre le centre moderne de Kamppi ».

Cette combinaison de l’ancien et du moderne se retrouve également au niveau de la scène musicale, qu’Olivier trouve dynamique : « Je pense que le mélomane peut vraiment trouver son bonheur à Helsinki, entre l’Opéra national de Finlande et les concerts de rock au club Tavastia.

Ce qui m’a impressionné, c’est le niveau des finlandais en musique : On peut voir l’été dans les rues des quatuors à cordes d’adolescents qui reprennent des airs célèbres à la cantonade. J’aime aussi le fait que les groupes de rocks nationaux chantent encore en finnois et n’ont pas totalement abandonné la langue nationale. Se fondre dans la culture mondiale tout en conservant son identité nationale, je crois que c’est ce qui caractérise la Finlande. Le génie de ce peuple, finalement, c’est sa capacité de s’adapter à tout, tout en restant lui-même ».

Liens


Lycée franco-finlandais d’Helsinki/
Helsingin ranskalais-suomalainen koulu

kala.edu.hel.fi

 
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