La seule possibilité pour que tous puissent être disponibles, c’est de fixer le rendez-vous un lundi soir. Après la rencontre, le groupe décide de se retrouver le premier lundi de chaque mois. MobileMonday est né.
Le nom rappelle incontestablement les First Tuesday, symboles de la période précédant l’explosion de la bulle Internet. A l’époque, les entrepreneurs, créateurs et investisseurs cherchent par ces rencontres à peaufiner leur stratégies et à saisir toutes les possibilités qu’offre le développement du web.
MoMo est un concept communautaire – libre – dont l’objectif est d’organiser des réunions ponctuelles – le lundi, donc – entre les acteurs de la mobilité : fabricants de téléphones, éditeurs d’applications, développeurs des systèmes wi-fi, GPRS (General Packet Radio Service, norme pour la téléphonie mobile) et autres Wimax (connexions à haut débit). Ces réunions sont totalement informelles et se déroulent après le travail, le soir, dans une discothèque ou un bar. C’est l’occasion d’échanger des informations autour d’un verre en dehors du cadre traditionnel – et rigide – des salles de réunions.
Rapidement, le concept séduit à l’étranger. Le réseau se développe en Europe, en Asie et aux Etats-Unis ; des communautés voient le jour à Londres, Rome, Milan, Paris, Moscou, Los Angeles, New York, Tokyo, Beijing ou encore Singapour. Aujourd’hui, les ramifications s’étendent à une cinquantaine de villes dans le monde. Le réseau mondial regroupe quelque 20.000 professionnels.
En France, la 16ème édition du MobileMonday s’est tenue le 10 septembre 2007 autour du thème « Le jeu sur mobile ». Les intervenants se sont notamment penchés sur les possibilités offertes par la nouvelle plate-forme Ngage.
En quelques années, les MobileMonday sont donc devenus le rendez-vous incontournable des professionnels des technologies sans fil. Pour en savoir plus sur ce concept made in Finland, nous avons interrogé Jari Tammisto, co-fondateur de MobileMonday.
1/ Vous revendiquez « 20 ans d’expérience de management et de direction dans le domaine de l’industrie des technologies de l’information ». Cette expérience vous a-t-elle aidé dans le processus de création et de définition de MobileMonday ? C’est tout le contraire. Au cours de mes activités professionnelles précédentes, j’ai toujours travaillé avec des technologies et des télécommunications « traditionnelles ». J’ai notamment été responsable de sociétés de téléphonies mobiles, créé de nouveaux services et de nouveaux standards de procédés industriels. Il s’agissait d’activités bien définies, avec des objectifs de résultats assez conventionnels. Le concept de MobileMonday est ce qu’on a coutume d’appeler le modèle de réseau du 21ème siècle : partager toutes vos connaissances parce que celles-ci deviennent rapidement obsolètes.
2/ Quel le concept exact de MobileMonday ? En quoi est-il original ?
MobileMonday est un concept unique car il implique des tendances très générales, des orientations larges : une culture opérationnelle typiquement finlandaise, la passion de 300 volontaires (professionnels et amateurs) ainsi que, dans une ère de communautés on line, la volonté de construire une communauté off line. Aujourd’hui, la communauté de MobileMonday est devenue un média pour des médias, un réseau de recherches destiné à des entreprises de recherches, et bien plus encore.
3/ Quel était l’objectif initial ? Pourquoi avoir décidé de créer ce type de communauté ? Et surtout, pourquoi lundi est-il Le jour ?
L’idée de départ était de mettre en relation, régulièrement, des gens du même milieu, de partager des informations récentes concernant le développement industriel et, aussi, de boire quelques bières ! Nous avons choisi la journée du lundi parce qu’il s’agit d’un jour réputé pour être calme au niveau des activités professionnelles et en terme de compétitivité.
Il est ainsi possible d’aller boire un verre, de profiter des happy hours dans les bars sans mettre en péril la santé des participants ! Nous avons aussi opté pour la langue anglaise car les Finlandais ont toujours du mal à présenter leurs compétences dans une autre langue que la leur : ainsi, grâce à MoMo, ils peuvent améliorer leurs présentations dans un contexte sain, sans pression. Les rendez-vous hebdomadaires ont eu lieu uniquement en Finlande, à Helsinki, entre septembre 2000 et septembre 2004, avant que le concept ne s’étende au reste du monde.
4/ Pouvez-vous revenir sur le processus de développement de MoMo ? Etiez-vous seul embarqué dans l’aventure ou vous êtes vous associé à d’autres personnes ?
Les leaders de la communauté m’ont demandé, durant l’été 2004, de développer le concept à l’échelle internationale, étant donné l’expérience que j’avais acquise dans le domaine de la téléphonie. Dans cette optique, j’ai créé Mobile Monday Oy, société qui détient les droits sur le concept MoMo.
C’est donc elle qui signe les contrats et autorise la création de communautés similaires dans d’autres pays. Dans l’équipe internationale, j’ai comme partenaires Timo Poropudas (éditeur de la lettre d’informations), Markus Myhberg (responsable juridique) et cinq autres volontaires. L’idée de départ était donc de permettre de créer des franchises locales du concept global et de collecter des droits sur les licences. Nous avons agi ainsi pendant quelque temps, avant de réaliser que notre mode de fonctionnement était un peu daté. Nous avons donc décidé de faire marche arrière, d’arrêter de demander des droits, de laisser aux « antennes » locales la possibilité d’opérer librement, d’élaborer leur propres logos, etc. C’est par le biais de cette stratégie que le réseau a fini par prospérer.
5/ A quoi ressemble une réunion MoMo ?
L’environnement doit être propice à l’inspiration en vue de l’innovation, donc en dehors d’un cadre professionnel traditionnel. Le concept repose sur la définition d’un thème précis qui sera abordé au cours de la rencontre. Les animateurs comme les invités interviennent pour présenter et analyser leurs différents points de vue. Chaque section doit permettre aux entreprises locales de se présenter et d’apporter des idées et des informations intéressantes et inattendues. Pratiquement, chacun se présente rapidement et, une heure plus tard, les débats sont lancés.
6/ En Finlande, les réunions se tiennent dans une boite de nuit, le Stockholm Diskotek. Est-ce vraiment le lieu idéal pour travailler ?
Comme je l’ai indiqué précédemment, il est fondamental de se retrouver en dehors d’un cadre professionnel, d’élargir les frontières pour trouver l’inspiration. Dans certaines sections, les lieux de rencontre peuvent varier mais à Helsinki, cela fait quatre ans que nous nous retrouvons au même endroit. Le nombre de invités variant de 100 à 300, cette discothèque est l’endroit idéal pour accueillir l’ensemble des participants.
7/ Qu’apportent ces réunions aux invités ? Est-ce un moyen de gagner de l’argent ?
MoMo est un concept unique étant donné que les gens participent plus en tant qu’individus que comme des salariés d’entreprises. Ils s’expriment bien plus librement, au-delà de leur statut d’employés. Ces rencontres sont donc plus enrichissantes que des réunions de travail classiques. MoMo ne se concentre pas sur des problèmes d’ordre financier. Je vois ce concept plus comme un passe temps, même si les membres trouvent largement leur intérêt.
8/ Comment un projet à l’origine local a-t-il pris une envergure internationale ?
Le réseau MoMo repose sur le dynamisme. Si quelqu’un vient me voir avec une idée, dans les 24 heures qui suivent, je suis capable de créer un modèle à partir de celle-ci et d’obtenir des impressions et des remarques. Si quelqu’un d’autre propose un projet pour la communauté, les sections intéressées peuvent nous rejoindre immédiatement dans le cadre de projets locaux ou généraux.
9/ Au mois de février dernier, un forum lié à MoMo s’est tenu à Barcelone. L’an dernier, un événement similaire a eu lieu à Marseille. Quel est l’objectif de ces rencontres internationales ? Quelles sont vos relations avec MoMo en dehors de la Finlande ?
Il y a deux événements chaque année qui regroupent l’ensemble des acteurs mondiaux : MobileMonday Global Summit et MobileMonday Peer Awards event (durant le Mobile World Congress). Le Global Summit s’est tenu à Helsinki de 2005 à 2007. Cette année, pour la première fois, le sommet aura lieu de dehors de Finlande, en Malaisie, du 18 au 22 mai.
La société Mobile Monday Oy est chargée de préparer ces événements avec les représentants locaux afin d’assurer leur réussite. En marge de ces manifestations à vocation internationale, nous encourageons la tenue de forums locaux, tels que celui qui s’est tenu en Indonésie en décembre 2007. Le 30 mars prochain, plusieurs sections sud-américaines se sont aussi retrouvées en Argentine.
10/ Pourquoi le concept MoMo s’est-il construit autour de l’industrie mobile ? Pourrait-il s’adapter à d’autres secteurs industriels ?
Le succès de MoMo repose sur des dynamiques industrielles. L’industrie de la mobilité est en perpétuelle évolution et c’est dans ce contexte que MoMo joue un rôle fondamental. L’objectif est d’accompagner ces évolutions, voire de les anticiper, plus que ne le feraient les géants de l’industrie. En tout cas, il s’agit d’un modèle qui peut parfaitement être adapté à d’autres secteurs.
11/ Qu’en est-il de MoMo en France ?
Les rencontres qui se sont tenues ont été un franc succès. Plus de 200 participants se sont rendus aux réunions et plusieurs de nos sections asiatiques ont été créées par des Français, à Pékin, Shanghai et Taipei. La section parisienne, quant à elle, travaille étroitement avec celle de Londres afin de diversifier les échanges. |