Si l’Allemagne a récemment focalisé l’attention des médias européens suite au massacre perpétré dans une école par un adolescent de 17 ans, la Finlande avait tristement fait parler d’elle, quelques mois plus tôt, et à deux reprises, pour des faits divers similaires.
En novembre 2007, Pekka-Eric Auvinen, un jeune homme de 18 ans, avait abattu huit personnes dans son lycée de Tuusula, dans les environs de Helsinki, avant de se suicider. Moins d’un an plus tard, en septembre 2008, à Kauhajoki, dans l’ouest du pays, Matti Juhani Saari, 22 ans, un élève de l’école hôtelière de la ville, avait fait irruption dans sa classe, le jour d’un examen, armé d’un pistolet semi-automatique. Il avait alors fait feu sur ses camarades, tuant neuf d’entre eux ainsi qu’un professeur de son école, avant de retourner l’arme contre lui.
Au-delà de leur aspect macabre, les tueries de Tuusula et de Kauhajoki ont relancé, en Finlande, le débat sur la détention des armes à feu et la délivrance des permis. En effet, Matti Juhani Saari possédait un permis de port d’armes provisoire pour un pistolet « calibre 22 » dont il avait reçu livraison en août 2008, soit un mois avant son geste de folie meurtrière.
Jusque là, la Finlande se refusait à appliquer la directive européenne du 18 juin 1991, texte selon lequel toute personne âgée de plus de 15 ans peut posséder une arme à feu, à partir du moment où elle est inscrite dans un club de tir ou détient un permis de chasse. Suite au massacre de Tuusula, les autorités locales avaient pris certaines mesures, appliquant notamment la législation européenne.
Après l’épisode de Kauhajoki, Matti Vanhanen, le Premier ministre finlandais, a annoncé un nouveau durcissement de la législation. Dans un premier temps, le chef du gouvernement a proposé de consigner les armes dans les clubs de tir après les séances ou les parties de chasse. Résultat : un tollé général dans tout le pays.
Finalement, à l’initiative du Ministre de l’Intérieur, Anne Holmlund, une loi relevant à 20 ans l’âge du port d’armes à feu sera présentée au Parlement au mois de juin. Les personnes devront justifier de deux ans de pratique du tir dans un club et ce dernier devra leur décerner un certificat. La première autorisation sera provisoire et donnera lieu à un renouvellement tous les cinq ans. La police pourra demander des expertises médicales à un détenteur de port d’armes et le lui retirer s’il refuse de s’y soumettre. Des dérogations pourront être attribuées pour les jeunes de 15 ans accompagnés d’un parent dès lors qu’il pratique lui aussi la chasse ou le tir de manière régulière.
Les futures mesures coercitives semblent recevoir l'approbation de tous, y compris des associations d’amateurs de tir et de chasseurs finlandais. Même si elles refusent de servir de boucs émissaires à des problèmes de société plus profonds, celles-ci s’accordent sur la nécessité de renforcer les contrôles, notamment par l’obligation pour tous de s’inscrire dans un club afin de responsabiliser les pratiquants.
Selon un rapport de l’Institut Universitaire des Hautes Etudes Internationales de Genève, publié en 2007, la Finlande se classe au 3ème rang mondial pour ce qui concerne la possession d’armes à feu, juste derrière les Etats-Unis et le Yémen. Il existerait ainsi, toujours d’après ce rapport, près de trois millions d’armes de ce genre sur le territoire. Soit 56 armes pour 100 habitants.
Pour le Ministère de l’Intérieur finlandais, le chiffre de 1 million et demi semble plus conforme à la réalité, avec 650.000 détenteurs de permis, sur un total de 5,3 millions d’habitants. 12 % des Finlandais – dont 38.000 mineurs – seraient donc détenteurs d’une arme à feu. Ces chiffres ne tiennent évidemment pas compte des armes détenues illégalement, donc non déclarées auprès des autorités, sans doute plusieurs centaines de milliers.
A titre de comparaison, les Etats-Unis comptent 90 armes à feu pour 100 habitants. La France, quant à elle, possède sur son territoire un arsenal de 19 millions d’armes légères, c’est-à-dire 32 pour 100 habitants. Soit, proportionnellement, presque deux fois moins que son voisin européen.
La Finlande apparaît donc comme un pays où les armes à feu sont très (trop) largement répandues au sein de la population. Plusieurs raisons, historiques et culturelles, expliquent cette situation. Les armes non déclarées datent, pour une grande majorité d’entre elles, de la Seconde Guerre mondiale. A la suite des différents conflits russo-finlandais qui se sont déroulés sur le territoire, entre 1939 et 1944 (guerre d’Hiver, guerre de Continuation), un grand nombre d’armes a continué à circuler au sein de la population. Par ailleurs, et il s’agit d’un élément explicatif non négligeable, la Finlande est une nation traditionnellement tournée vers la chasse. Aujourd’hui, 65 % des permis concernent des armes destinées à cette activité.
En France, un décret datant de 1998 réglemente la détention, la fabrication et le commerce des armes. Celles-ci sont classées en huit catégories qui déterminent le niveau d’autorisation nécessaire pour leur détention. L'acquisition d'armes entrant dans certaines catégories est autorisée pour les personnes âgées de 21 ans et détentrices d'un permis. L'obtention d'un permis nécessite une lettre d'approbation de la Fédération Française de Tir obtenue après six mois de participation à un club de tir. Le demandeur s’adresse ensuite à la police qui peut seule donner son approbation. L'autorisation est valide pendant cinq années et doit alors être renouvelée.
En Finlande, depuis le Firearms Act de 1998, jusque très récemment, les armes à feu étaient classées en treize catégories. La nouvelle législation suffira-t-elle à diminuer les risques de voir se reproduire d’aussi dramatiques faits divers ?
Certains, en Finlande, situent l’origine du problème ailleurs. Au lendemain de la tuerie de Kauhajoki, la presse locale pointait du doigt non seulement le laxisme de la législation sur les armes à feu, mais certaines carences du système scolaire, pourtant désigné régulièrement, par les enquêtes de l'OCDE, comme l’un des plus performants au monde.
Le principal quotidien du pays, Helsingin Sanomat, se demandait ainsi si « les écoles finlandaises, citées en exemple dans le monde entier jusqu'à l'automne dernier, ne cherchaient pas l'excellence aux dépens de la communauté ? » Un autre débat est lancé.
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