La nouvelle n’est pas passée inaperçue dans la toile, relayée notamment dans la plupart des sites médias français. Alors que la classe politique, dans l’hexagone, s’interroge encore, avec la fameuse loi Hadopi, sur la possibilité de suspendre l’accès à Internet en cas de téléchargement illégal, le gouvernement finlandais prône une tout autre philosophie : faire de l’accès au haut débit un droit fondamental.
En 2004, l’Estonie avait montré la voie en inscrivant dans sa constitution le droit pour ses citoyens de disposer gratuitement d’Internet. La Finlande rejoint donc la position de son voisin.
L’objectif du plan présenté le 13 octobre dernier par Madame Suvi Lindén, ministre des Communications, est de permettre, à chacun des 5,3 millions de Finlandaises et de Finlandais, de bénéficier d’un accès à Internet haut débit.
Mme Laura Vilkkonen, conseillère auprès du ministre, a soulevé la nécessité d’un tel projet : « Nous pensons que, dans notre société moderne, personne ne peut vivre sans Internet. Que ce soit pour gérer ses comptes bancaires, sa consommation d’eau ou d’électricité, il est nécessaire de disposer d’une connection de qualité. »
D’un point de vue technique, le « haut débit » désigne une connexion Internet proposant un débit théorique de transfert de données supérieur à 128 kilobit/s. Selon l’Organisation pour la Coopération et le Développement Economique (OCDE), on ne peut parler de haut débit que si celui-ci est supérieur à 256 kilobit/s.
Le décret n° 732/2009 est entré en vigueur en Finlande le 15 octobre 2009. Il s’inscrit dans les objectifs préconisés par l’Organisation des Nations Unies et l’OCDE. Selon elles, l’accès au haut débit est un moyen d’accélerer le développement, notamment dans les territoires reculés. En 2004, un rapport de l’OCDE invitait les gouvernements à cibler leurs efforts en direction du haut débit en soulignant son importance dans le développement économique, social et culturel.
Le secrétaire général de l’organisation, Donald Johnston, expliquait alors que « de nombreux domaines de l'activité individuelle et économique profiteront des avantages liés aux nouvelles possibilités offertes par l'accès haut débit. Appliqué à l'administration électronique, le haut débit permettra en outre de rendre l'administration publique elle-même plus efficiente et rationnelle. »
Première étape du plan finlandais : chaque foyer devra être doté, à la date du 31 juillet 2010, d’une connection Internet d’au moins 1 mégabit par seconde (Mbit/s). Le décret ministériel précise que cet accès sera désormais reconnu comme un « droit fondamental ». En d’autres termes, les fournisseurs auront l’obligation de proposer à chaque citoyen un accès au web de qualité, quel que soit le lieu où il vit, en sus à un prix « raisonnable ». Et les endroits reculés, en Finlande, ne manquent pas…
L’étape suivante consistera, d’ici à 2015, à proposer un débit minimum de 100 Mbit/s à l’ensemble des usagers. En juin 2009, selon la FICORA, l’autorité de régulation des télécommunications, 95 % de la population avait accès au réseau tandis que 2,2 millions de foyers disposaient d’un accès haut débit à Internet.
Si les modalités pratiques ne sont pas encore toutes clairement établies, il semble que l’accès à un réseau haut débit mobile – donc par un satellite – puisse prendre la relève en cas de diffulté technique via un réseau classique. L’objectif, in fine, est de sonner le glas des « zones blanches » où toute connection se révèle impossible car elles ne sont couvertes par aucun opérateur. Une gageure dans un pays qui compte plus de 100.000 lacs et de nombreuses régions rurales isolées. On estime à 200 millions d’euros l’investissment nécessaire au déploiement de la fibre optique sur l’ensemble du territoire finlandais. Pour accompagner ce projet, des fonds seront donc rapidement débloqués.
Le soutien aux nouvelles technologies n’est pas nouveau en Finlande. En 1998, elle fut le premier pays européen dont plus de la moitié de la population possédait un téléphone portable. Les Finlandais sont aussi de gros consommateurs de Toile. Ainsi, en 2008, 83 % d’entre eux se connectaient régulièrement au réseau mondial, 2/3 des citoyens le faisaient quotidiennement. L’évolution a été importante depuis le début du siècle car, en 2000, seuls 12 % de la population avaient accès à Internet. En juin 2007, le pays comptait 1,52 million de points de connexion, soit près de 30 pour 100 habitants.
Le dernier rapport annuel visant à mesurer les performances des connexions Internet haut débit dans le monde place la Finlande en 15e position, juste derrière la France. Réalisé conjointement par les universités d’Oxford (Grande-Bretagne) et d’Oviedo (Espagne), l’étude indique que la capacité moyenne en Finlande et en France est de 16 Mbit/s. Seuls quatre autres pays dans le monde atteignent ce niveau élevé : le Japon, la Corée du Sud, les Pays-Bas et la Suède.
Par cette stratégie, le gouvernement finlandais affiche clairement son soutien à la position de la Commission Européenne, notamment son projet d’amendement 138 qui ferait de l’accès à Internet un droit fondamental au regard de la liberté d’expression. Une position rejetée, pour l’instant, par Nicolas Sarkozy.
Il semble bien que la Finlande ait tracé la voie à suivre pour les autres nations. Comme le chantaient, en 1992, les Monty Python : « Finland, Finland, Finland. Finland has it all. »*
*« Finlande, Finlande, Finlande. La Finlande a vraiment tout. »
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