| Une tradition familiale |  |
Conduire un tram donnerait-il l’éternelle jeunesse? Sirkka Koponen a 58 ans mais en paraît 20 de moins. Cette conductrice de tram, vive et amusante, se dit parfaitement à l’aise dans son métier, vocation qu’elle a choisi il y a 37 ans: “Je suis rentrée à HKL (Helsingin Kaupunki Liikeennelaitos, la RATP d’Helsinki) en 1972, comme receveuse de tramway. Trois ans plus tard, en 1975, je réussissais l’examen pour passer conductrice.”
Exactement comme dans les bus parisiens d’antan, dans les trams d’Helsinki des années 1970s les passagers montaient par l’arrière et réglaient leur trajet à un receveur, le conducteur se contentant de piloter l’engin. Actuellement les trams n’ont plus qu’un unique conducteur qui fait également fonction de receveur, sachant qu’en 2012, le conducteur n’aura plus à vendre de titres de transport, les passagers les achetant dans les kiosques ou, tout simplement réglant leur voyage par téléphone portable, ce qui se fait déjà.
Pour Sirkka, travailler à HKL c’était respecter une tradition familiale: “Comment aurais-je pu faire autrement? Toute ma famille y travaillait: mon père, mon grand-père, ma grand-mère, mon oncle et mon grand-oncle! Seule ma mère n’en était pas!” D’où la fierté tangible ressentie par cette femme de faire un métier pour lequel elle était destinée et qu’elle trouve très utile et très honorable: “Nous devons fournir le meilleur service possible à nos usagers!”, aime-t-elle répéter.
| La communication: un avantage féminin? |  |
Helsinki compte une dizaine de lignes de tram et on ne s’arrêtera pas en si bon chemin puisque les bureaux de la Ville possèdent dans leurs tiroirs deux ou trois autres lignes futures. Récemment encore une nouvelle ligne - la n° 9 - a vu le jour et l’itinéraire du 3T-3B a été modifié, rafraîchi de telle façon que les automobilistes auraient davantage intérêt à laisser leurs véhicules au garage et à utiliser le tram.
Comme les bus et le métro circulant dans la capitale, le tram propose une façon de voyager confortable et propre, avec ses matériels et équipements régulièrement remis au goût du jour: trams modernes et bas pour les landaus.
Une modernité tous azimuts dont profitent aussi les employés: Sirkka trouve qu’il n’y a pas de compétition entre hommes et femmes employés à HKL: tous touchent exactement le même salaire indexé sur l’ancienneté. Néanmoins piloter un tram semble être considéré comme une spécialité masculine puisque l’on compte uniquement 25% de femmes pour 75% d’hommes. Un déséquilibre qui constitue un léger handicap, selon Sirkka, puisque conduire un tram demande aussi des qualités de communication, de se transformer aussi en une sorte de guide touristique pour les passagers ne connaissant pas la ville et de tenir informés les usagers habituels des éventuels incidents qui peuvent arriver.
La communication est une qualité qui reste quand même celles des femmes finlandaises, plus bavardes et sociables que leurs homologues masculins: “Comme nous vendons aussi les tickets à l’unité aux passagers, il faut leur parler, répondre à leurs questions, leur indiquer le chemin et leur distribuer de la documentation.” Sirkka révèle que les conducteurs de trams disposent de cartes et brochures qu’ils peuvent généreusement distribuer aux touristes afin de les aider non seulement à s’orienter en ville mais à se familiariser avec le système des transports d’Helsinki.
Notons qu’en plus de ses tramways, Helsinki comprend de nombreuses lignes de bus et que même s’il n’y a qu’une seule ligne de métro, son axe Est-Ouest la rend stratégique pour la capitale finlandaise. | Un travail sans fin |  |
À cause des fortes amplitudes thermiques enregistrées à Helsinki, avec de grands froids l’hiver et quelques brutales canicules estivales, les rails et la chaussée travaillent et le réseau ferré souffre d’irrégularités qui entravent parfois la circulation des tramways:
“Quand nous sommes bloqués, par un aiguillage gelé ou par des amas de glace, j’explique toujours par micro à mes passagers ce qui se passe, la cause et la durée approximative de l’arrêt intempestif.” Et parfois il faut même sortir la pelle et dégager la voie soi-même! Une autre cause d’arrêt imprévu est le stationnement gênant des automobiles: “L’hiver, après une grosse chute de neige pendant la nuit, certaines voitures restent bloquées en stationnement gênant et la route du tram est obstruée. Nous faisons alors appel à un véhicule spécial de HKL, l’O-55 permettant de dégager ces voitures-obstacles sans toutefois les verbaliser. L’O-55 se contente de les mettre un peu plus loin.”
Pour les internautes d’Helsinki, Sirkka révèle les endroits où ce genre d’incidents se produit le plus souvent: les quartiers anciens de Katajanokka et de Kruunuhaka, la rue Tehtaankatu et le terminus circulaire du tram 4, à la pointe de Katajanokka. Pour Sirkka respecter le passager reste la priorité des priorités: “Nous devons servir correctement nos passagers, sinon ils ne prendront plus nos trams et ça ne coïncide pas avec la vison des transports en commun à Helsinki!”
Une autre qualité-clé à avoir dans ce métier est la résistance au stress, savoir faire face à la fois aux difficultés de circulation, aux demandes des passagers et aux rigueurs de l’hiver. Mais rester calme n’est-il pas un des traits de caractère premiers de tout Finlandais qui se respecte? Quand elle parle de son métier, Sirkka respire la joie de vivre. Et puisqu’elle se sent en parfaite santé elle n’envisage absolument pas de prendre sa retraite à 60 ans, comme elle en aurait la possibilité:
“Dans ce pays, il est maintenant possible de travailler jusqu’à 68 ans et c’est une perspective qui ne me déplaît pas du tout!”, lance-t-elle. Les deux lignes de tram qu’elle dessert sont la 4 et la 10. Peut-être la rencontrerez-vous un jour? C’est la conductrice de tram la plus avenante qui soit!
Quelques données de plus sur Sirkka Koponen:
- À HKL la durée hebdomadaire du travail est de 38 heures 15 minutes. - Si on dépasse ce nombre d’heures on peut corriger la semaine suivante. - Sirkka dispose d’un week-end de libre toutes les 3 semaines et après trois soirées consécutives de travail, elle doit avoir une soirée de libre.
- Dans la journée elle dispose de 4 pauses à prendre: une de 45 mn pour déjeuner ou dîner et trois de 20 mn, comme pauses-café. Parfois elle peut cumuler et disposer de 1.30 de pause. - Vacances: les conducteurs de tramway disposent d’un mois de vacances d’hiver et d’un mois l’été.
- Salaire: avec 37 ans d’ancienneté, Sirkka a gagné environ 50.000 euros bruts en 2008. Mais elle fait beaucoup d’heures supplémentaires. Le salaire d’un nouveau venu débute à 25.000 euros annuels.
Quelques chiffres sur les transports en commun à Helsinki: - site internet de HKL: www.hkl.fi - Actuellement Helsinki compte 9 lignes de tramway, 1 ligne de métro, une vingtaine de lignes de train de banlieue et une centaine de lignes de bus.
Le “point central”, la correspondance de la gare d’Helsinki, permet de passer d’un moyen de transports à un autre de façon rapide et sûre.
- le billet unique coûte 2 euros, uniquement pour les tramways et 2,20 euros si on prend les correspondances avec le bus ou le métro. Pour les trains de banlieue, le prix dépend de la zone. Ça va de 2,20 euros pour la zone “ville” à 3,80 euros si l’on part en grande banlieue.
- Il existe des cartes de transport pour 1, 3, ou 5 jours. Tarifs: de 6 à 18 euros. - Il existe enfin des “cartes d’Helsinki” (Helsinki-kortti) donnant accès à la gratuité à la fois dans les transports en commun et dans tous les musées de la ville. Tarifs: 24h = 33 euros / 48h = 43 euros / 72h = 53 euros.
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